En conflit avec la Fédération des jardins familiaux, Tourcoing bloque deux projets d’urbanisme

Fanny Saintot | Publié le11/03/2022

 

 

En conflit avec la fédération nationale des Jardins familiaux, la mairie de Tourcoing va bloquer la vente du terrain de la ferme Droulez, au Clinquet, ainsi que le projet de construction du terrain des Martyrs, au Pont-Rompu.

1   Le contexte

Sous le précédent mandat, l’association locale des Jardins familiaux avait présenté en mairie un projet très fédérateur : la création d’une ferme pédagogique à la ferme Droulez, au Clinquet. Pour le financer, l’idée était de revendre le terrain de la rue des Martyrs, au Pont-Rompu, proche de Promenade de Flandre. La mairie consent alors à faire modifier le PLU (Plan local d’urbanisme) au Clinquet pour y implanter des jardins familiaux, avec des activités pédagogiques et former des jardiniers.

2   La difficulté                  

Selon la ville, la fédération nationale des Jardins familiaux, d’abord partante, aurait changé d’avis, pour des raisons financières. La vente du terrain de la rue des Martyrs rapporterait 2 millions d’euros« Logiquement, ils étaient censés compenser les 14 000 m2 », souligne la maire, Doriane Bécue. « Ce qui a tout compliqué, c’est qu’à un moment donné, les jardins familiaux de la rue des Martyrs ont été squattés », résume le premier adjoint Jean-Marie Vuylsteker, jusqu’à une ordonnance d’évacuation.

« La fédération a ensuite utilisé l’argument de cette occupation illégale pour dire qu’elle n’était plus obligée de compenser » précise la maire. Comme cela a été annoncé samedi, en conseil municipal, la majorité a décidé de « bloquer le dossier ». Très incertain, le projet de la ferme Droulez pourrait aussi être revu à la baisse, autour de 9 000 m2. « Pour nous, c’est 14 000 m2 ou rien du tout, estime la maire. Notre crainte, c’est qu’ils vendent le terrain de la rue des Martyrs à des promoteurs, et qu’ils ne rachètent aucun site à Tourcoing. Je ne prendrai pas ce risque. On est tous attachés aux jardins familiaux. »

« Tant que je n’ai aucune garantie, je bloquerai le dossier. »

Au Pont-Rompu, le permis de construire a initialement été accordé. Or « le promoteur avait deux ans pour commencer ses travaux, explique l’adjointe à l’urbanisme, Isabelle Mariage. Mais il a juste mis un engin sur le site, il ne se passe rien. Pour tout casser, on n’a qu’une solution : faire constater que le chantier n’a pas réellement été ouvert. »

Un huissier mandaté par la ville l’a attesté la semaine dernière. « Donc logiquement, le permis de construire est caduque, estime Doriane Bécue. On va demander une modification du PLU pour préserver le terrain de la rue des Martyrs, et on en demandera une aussi pour la ferme Droulez, pour protéger les deux sites et éviter la spéculation immobilière. Tant que je n’ai aucune garantie, je bloquerai le dossier. »

Concrètement, une procédure administrative se profile. « Le sursis à statuer va nous permettre d’avoir la mainmise sur les deux terrains, et d’avoir deux ans pour se prononcer, poursuit l’adjointe Isabelle Mariage. D’ici là, la modification du PLU sera effective. »

3     Un consensus

Cette décision a fait l’unanimité lors du dernier conseil municipal. Le groupe Ambition Commune a salué cette nouvelle, en remerciant les associations de riverains mobilisées. « A partir du moment où on peut se rejoindre sur ce genre d’impératif, c’est une très bonne chose, a estimé Franck Talpaert. Des terrains qui pourraient être constructibles qui seraient transformés en jardins, ce sera l’étape suivante, je l’espère... »

« C’est un dossier complexe, on est vraiment heureux que la ville s’en empare et qu’elle agisse concrètement pour sanctuariser des espaces agricoles urbains », a ajouté Katy Vuylsteker (EELV).

4      Ce qu’en pense l’association locale

L’association locale des jardins familiaux, qui compte mille adhérents, est en conflit avec la fédération nationale, qui est propriétaire des 30 hectares de terrains depuis 2003. Il s’agissait alors de « protéger notre patrimoine », explique Jean-Jacques Marissal, le président de l’association locale, qui en assure la gestion. L’action en justice engagée en 2018 pour récupérer les terrains s’est soldée par un échec de la conciliation, initiée pour éviter de longues années de procédure.

«Le projet Droulez est plié, c’est une affaire qui ne se fera pas.»

Désormais, « l e projet Droulez est plié, c’est une affaire qui ne se fera pas. Pour nous, c’est un préjudice moral, uniquement, car ce projet était très vertueux. » Il aimerait néanmoins retrouver « des relations apaisées et constructives » avec la fédération, car « c’est une situation qui ne peut pas durer ».

 

 

5      Ce qu’en dit la fédération nationale

Contactée, la fédération nationale des Jardins familiaux assure que des négociations sont toujours en cours avec la famille Droulez, pour le rachat de 9 000 m2 de terrain, en dehors des bâtiments et de la zone constructible. « On a rappelé notre position à la mairie en février, mais malheureusement cela ne convient pas », indique Jean Russo, le directeur. « On s’inscrit en faux sur le fait que la fédération spécule sur les terrains pour gagner de l’argent. C’est oublier notre objet social et notre objectif. »ses terrains sont convoités par les jardiniers locaux et des promoteurs. Photo : Thierry Thor / La Voix du